Nina Lombardo
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vivant·e

J’ai le vertige. Le monde hurle au dedans et semble déjà effondré dehors.
L’impuissance gronde. Toi-même, tu sais.
Tu dois le sentir que nous sommes en phase de destruction massive du vivant.
La terre brûle et nous la regardons impuissant·es.
Il y a des jours où la peur prend toute la place, des jours où je me sens si seul·e.
Nous ne le sommes jamais vraiment.

Je suis une bombe atomique.
Je suis de celleux qui soulèvent leurs corps contre la tyrannie du patriarcat.
Nous attaquons la norme, aimons déborder, crier, chanter sous la lune et sur l’asphalte.

Sillonnons vers un corps commun, abandonnons les certitudes,
prenons le risque de tout perdre, car de toute façon c’est ce qui finira par arriver.
Ensemble, déchirons l’horizon funèbre, à coups de boue, et champs de joie,
à bout de rituels. Faire de la vie un chant de bataille, et de la rage un cri d’amour.
Intensifions nos désirs, notre histoire et nos liens.
Soyons indiscipliné·es, créons du désordre, du trouble.
Pas à pas, rue par rue, bloc après bloc, action après action.
Substituons le monde gouverné par le manque au profit d’un monde de désirs.
Sauvons le vivant. Cela sonne comme un appel.
Appel à la fragilité de l’existence.
A la multiplicité des formes de vies, des tactiques de révoltes et de soulèvements.

Partout où nous jetons nos chairs dans la bataille, partout où nos corps se soulèvent,
nous poussons sauvages. Au fil des luttes, notre puissance ne cesse de se renforcer.
« A nos sœurs assassinées on ne vous oubliera jamais » !

Ces images ont été rendues possibles parce que des corps se sont mis en mouvements.
Merci à elleux. Elles ont été prises à Bruxelles, Bure, Paris, Notre-Dame des Landes,
lors d’actions de masse de désobéissance civile en Allemagne & en République Tchèque.

A travers ces fragments, je cherche à ouvrir une brèche à travers laquelle s'engouffrer.
Une vibration commune, un effacement des corps, une fascination du chaos,
un désir de vide pour un recommencement.
Mon corps ne peut reculer.
Je suis fasciné·e devant ce spectacle ; cette violence est d’une grande beauté.

C’est au cœur de cette fragmentation que naît la richesse du possible ;
de nouvelles voies d’existence permettant de sortir momentanément
du poids du réel qui me renvoie à ma propre impuissance.

Nous avons la puissance d’agir pour construire des mondes multiples et désirables.
Nos futurs possibles. Les plus tragiques mais aussi les plus magiques d’entre eux.
Ces futurs pour lesquels nous devons lutter d’avantage, parler sans cesse plus fort.
Ces batailles qu’il nous incombe de rendre visibles, sensibles et puissamment actives.
Afin de nourrir l’action présente, au milieu des immenses périls qui s’accumulent.

On ne lâche rien, même si l’avenir est incertain.


Pour que ma rage ne reste pas comme un cri sans écho dans la nuit
photographe
thanadoula